Mont Baker: Ascension de la route « North Ridge »

  • Date de l’ascension: 1-2 juin 2019
  • Grade alpin: 3

Grimper enfin sur une nouvelle montagne

L’été était arrivé, les journées s’allongeait et un vent chaud soufflait sur la côte Ouest Américaine. La saison de grimpe était enfin arrivée, les fenêtres de beau temps s’allongeait et les tombées de neige diminuaient! Nous pouvions finalement lever les voiles vers de nouveaux sommets (autre que le Mount Hood)!

Chris avait planifié pour la première semaine marquant le début de la saison, une expédition sur le mont Rainier. Malheureusement quelques jours avant son départ, une importante chute de roches avait tué un grimpeur et blessé plusieurs autres membres d’équipes avoisinantes du camp. Les rangers de Rainier avaient déclaré la route ‘’nucléaire’’ i.e. hors condition et extrêmement dangereuse. L’opérateur de l’expédition jugeait la grimpe dorénavant très risquée et conséquemment avait annulé le tout.

C’est alors que nous avons décidés de partir à l’aventure à nouveau ensemble, mais cette fois-ci nous allions enfin découvrir ces sommets que j’observais du haut de notre appartement. Après avoir grimper à plusieurs reprises durant l’hiver, je regardais dorénavant pour des routes de grade 3. Mon intérêt se portait sur des routes contenant des couloirs de glace. Venant d’une ville où nous patinons sur les trottoirs glacés (ou presque) plusieurs mois par an, je me débrouillais plutôt bien dans ce type de terrain. Mon regard se portait donc sur le Mont Baker, un volcan actif de la chaîne des Cascades (3 285 mètres d’altitude) qui comprenant plusieurs immenses glaciers actifs. Je regardais pour la première fois des photos de la montagne et rapidement j’ai compris qu’il s’agirait probablement d’une route ardue. La météo et les commentaires sur ‘’Mountain Project’’, un site où les grimpeurs pouvaient échanger entre eux et décrire les conditions des différentes montagnes annonçait une grimpe idéale. Sac à dos sur les épaules on emboitait le pas vers une nouvelle expédition : le ‘’North Ridge’’ du Mont Baker.

Un ‘’petit air’’ de ressemblance

La route était remplie de paysages vallonnés similaires à ceux du Québec. J’ouvris donc la fenêtre pour respirer l’air frais des paysages campagnards. C’est avec un petit pincement au cœur que j’avais le mal du pays. Je fermais les yeux et me rappelait que j’étais une étrangère dans ce pays et que j’habitais dorénavant à plus de 8 heures de vol de ma ville natale.

Après quelques heures de route, nous arrivions au pied du sentier ‘’Heliotrope Ridge Trailhead ‘’qui nous guiderait vers notre campement, le glacier Coleman. Le stationnement du sentier était rempli d’opérateur d’expéditions américaines : ces grands noms que j’ai si souvent vu défilés dans les nouvelles en suivant les expéditions des plus hauts sommets du monde : Alpine Ascents, Alpine American Institute, RMI Guides.  J’étais surprise de voir un nombre aussi élevé de voitures. J’approchais Chris avec la crainte que les routes pourraient être très occupées et que nous devrions être prudents pour ne pas se retrouver bloquer en file et nous exposés davantage à des chutes d’objectifs. Chris me rassurait que la plupart des grimpeurs se retrouveraient sur la route régulière du Mount Baker et que sur les routes techniques il y avait en général peu de grimpeurs.

Le sentier était une randonnée de 3 heures bondée de ruisseaux causés par la fonte des glaciers de la montagne (les glaciers Coleman et Deming). Certains était si forts que nous devions faire preuve d’imagination pour passer ceux-ci sans mouiller nos bottes. J’étais prudente, car je savais qu’une botte mouillée pourrait causer d’importante engelures sur la montagne et aussi n’aurait pas le temps de sécher avant notre départ alpin. 

Le sentier n’était pas très bien délimité et nous nous sommes perdus sur l’embranchement du sentier des grimpeurs qui débouchait sur une vue spectaculaire du glacier Coleman. En voyant le glacier pour la première fois je réalisais à quel point les crevasses étaient énormes et j’espérais en silence que nous n’aurions pas à les traverser. 45 minutes plus tard et plusieurs enjambements de ruisseaux supplémentaires nous étions sur le glacier, lieu de notre camp. Fatigués, nous installions immédiatement notre tente. Peu après avoir mangé notre repas gastronomique (évidemment des nouilles instantanée), nous tombions endormis, car le réveil était que quelques heures plus tard.

Traverser des crevasses sans échelle? Une première!

Encordé près de notre tente, je regarde au loin le glacier Coleman que nous allons devoir traverser. J’appréhende les piègent que le glacier nous réserve: des crevasses qui témoignent que la montagne n’est ni juste, ni injuste, ni un terrain de jeux, mais seulement et tout simplement dangereuse.

Je savais très bien que malgré le fait que je pouvais voir la majorité des crevasses, certaines étaient cachées sous une épaisseur variable de neige fragile et que nous devrions être vigilant dans notre approche. À la différence des glaciers sur lesquels d’importantes crevasses étaient apparentes, aucune échelle n’était installée pour nous assister dans notre traversée : un faux pas pourrait nous coûter une chute fatale. Je tente de me concentrer où je pose mes crampons et à conserver la corde le plus tendue pour éviter d’emporter la totalité de la cordée en cas de chute.

Après quelques temps, le labyrinthe de crevasse nous force à franchir des ponts de neige. Ces ponts qui se forment au-dessus de ces fissures du glacier.  Je ferme les yeux un instant, prend une profonde inspiration, prie silencieusement. Chris se pose en position d’arrêt de glissade au cas où le pont s’effondrait sous moi pour arrêter ma chute.

Cette fois-ci la montagne nous épargnait l’ampleur du danger d’un glacier.  Après plus d’une heure sur le glacier, nous étions dorénavant au pied de la route, une pente inclinée de 50 dégrée. Un chemin délimité de traces de bottes était apparent et nous facilitait notre tracée. Cette portion pris plusieurs heures à grimper, mais était relativement facile compte tenu que des traces était bien délimitées dans la neige.  


Il ne faut jamais mesurer la hauteur d’une montagne…avant d’atteindre le sommet!

Après avoir grimper la pente inclinée du début de la route, deux options de ‘’pitch’’ de route glacée peuvent être entreprises. Mon regard se portait sur la variation de gauche, la variation de droite comportait un terrain mixte. Je savais qu’il s’agirait d’un terrain extrêmement difficile.

Chris et moi emboitons le pas vers l’option la plus ‘’facile’’ ce mur vertical de glace à la gauche. Arrivé au pied du mur, Chris et moi analysons l’impact d’une chute potentielle et jugeons celle-ci beaucoup trop risquée. Le mur était carrément vertical et une pente de plus de 200m apique était dessous rendant un arrêt de glissade quasi-impossible.  On emboite donc le pas vers la variation droite qui à ma grande surprise serait extrêmement difficile. Un terrain mixte de grade 3 de plus de 60 mètres nous attendait.

Chris débute la route, j’aperçois de ma station d’assurage que ces piolets frappent une glace fine et qu’il fait preuve d’une extrême vigilance dans ces mouvements. Une broche à glace est visée peu de temps après son départ: je comprends alors que le ‘’pitch’’ sera difficile par suite de roches instables et une glace fine. Chris me donne des indications pendant sa montée pour faciliter ma grimpe, car il sait très bien que j’ai peu d’expérience sur des terrains mixtes. ‘’You are safe’’ – Chris me lance de sa station d’assurage à plus de 50 mètres de loin. Signale que je peux dorénavant reprendre nos ancrages à neige qui me stabilisait dans ma station et débuter ma grimpe. C’est en criant ‘’Climbing’’ que je débute.

Premier coup de piolet…. Il ne tient pas. Je tente de trouver un appui avec mes crampons sur cette fine glace, sans succès. J’essaie de conserver mon rester calme en me rassurant que cette fois-ci il ne sera pas possible d’avoir quatre points d’ancrage (piolets et crampons) et que c’était ok.  Le mur est de 90 degrés et donc totalement vertical m’exposant en cas de chute au vide et aux multitudes de roches de hauteurs variables. J’avances tranquillement en me rassurant que les nombreuses heures de yoga chaud avec Chris assuraient que mon ‘’core’’ était suffisamment fort pour me supporter et m’éviter une chute. J’amasses tranquillement les diverses broches de glace. Ma respiration s’accélère au fur et à mesure que mes piolets tentent désespérément de trouver refuge dans la glace qui se brise sous ces coups. Larmes aux yeux, j’arrives vers la fin de ce ‘’pitch’’ ce qui ressemble à un nuage de neige totalement instable, peu compacte suspendue sur la crête par je ne sais pas trop?!. J’aperçoit Chris au loin et je fonds en larme. J’emboîte ce dernier défi tel on saute sur un cheval. Après avoir acharnement eu certaines difficultés et trouer des nouveaux pantalons avec mes crampons j’arrivais devant notre station de rappel. J’enlaçais Chris larmes aux yeux.

Silencieusement, nous emboitions le pas vers le sommet. Une importante crevasse nous séparait de celui-ci à plus de 2900m d’altitude. À nouveau nous devions franchir un pont de neige. Celui-ci libérait la route finale vers le sommet : une pente inclinée de quelques centaines de mètres. Prudemment, nous enjambions la fissure pour éviter d’utiliser le pont qui selon moi se serait écrouler avec notre poids.

Le chemin de retour SVP

Après plus de 8 heures de grimpe, nous étions sur le sommet. Des skieurs nous saluait nous demandant si nous avions réellement eu besoin de nos piolets.  Je regarde Chris et sourie, par un simple regard nous comprenions l’intensité de l’aventure que nous venions de vivre. Ce que nous vivions sur la montagne nous changeais profondément et nous aidait d’une certaine façon à valoriser ce qui est réellement important dans la vie. En grimpant, je ne cherche pas à connaître mes limites, car je sais très bien que le jour où je l’ai croiserait il s’agira d’une aventure sans retour!

Quelques allers-retours et nous finissons par trouver le chemin de retour vers notre campement. Il se faisait tard et le soleil frappait le glacier qui nous séparait de notre campement. Une jonchée de morceaux de glaces d’une taille d’un petit bungalow était sur les abords de notre route, nous rappelant que nous devions avancer rapidement mais prudemment.

Quelques heures à traverser à nouveau un glacier bondé de crevasse, nous retrouvions le camp. Après 12 heures de grimpe, nous pouvions enfin rentrer à la maison!

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