Mont Hood: Ascension hivernale de la route « Pearly Gate gauche »

Date de l’ascension: 13 janvier 2019

Selon Gustave Flauber, la patience est « Une vertu qui porte toujours sa récompense avec elle »

Après plus de trois mois d’attente et de pluie intermittente, une fenêtre de beau temps apparaît. Chris et moi suivions la météo de façon religieuse au quotidien. Promesse tenue: nous allions enfin grimper! Vraiment enfin, car je commençais à croire que grimper sur la côte ouest était un « mythe ». Il ne faisait que de pleuvoir ici et ce sans arrêt. Chris tentait de me remonter le moral en me rassurant que la pluie indiquait que les glaciers se formaient sur les montagnes donc une saison de grimpe encore plus solide !!! De notre appartement perché au 12e étage, nous apercevions les chaînes de montagnes à l’horizon là où les glaciers se « formaient » ce qui rendait parfois l’attente encore plus difficile.

Choisir en toute sécurité une montagne dans les Cascades

La première montagne que nous avons choisie était un volcan situé dans l’état américain de l’Oregon nommé Mont Hood. Il s’agit du volcan le plus élevé de cet état avec 3500 mètres d’attitude et la 4e montagne la plus élevée de la chaîne de montagne des Cascades

Chris aggripe le guide des grimpeurs du Mont Hood que nous avions récemment acheté. Ce livre est une mime d’or, car il offre une description des différentes routes offertes aux grimpeurs sur le Mont Hood incluant les grades et difficultés de chacune. Notre recherche s’arrête sur une route de grade américain « Alpine Ice 2 » ce qui indique que la route peut être grimpé en ayant recours à un piolet et est située sur une pente de 60 degrés.

Nous gardions un œil sur la météo et les conditions d’avalanche depuis plusieurs mois! Sur la côte ouest américaine, l’état des avalanches est publié au quotidien, sur le site du Northwest Avalanche Center un OSBL qui a pour mission de réduire l’impact des avalanches sur les activités pouvant être pratiquées dans la chaîne de montagne des Cascades, les montagnes Olympiques et le nord de l’état de l’Oregon en publiant les prévisions d’avalanche sur ces régions.

La météo peut être suivie sur le site Mountain Forecast qui prédit pour plus de 11,300 montagnes à travers le monde une météo détaillée par dénivelé (camp de base, « above three line » et sommet) et ce par heure. Ce site est essentiel pour planifier une ascension mais doit être utilisé avec précaution, car il peut contenir des erreurs. Il est donc important de suivre la météo au quotidien et d’utiliser son jugement pour évaluer les risques de notre ascension. De notre côté, comme nous habitons proche des chaînes de montagnes nous pouvions suivre la météo jusqu’au dernier instant et prendre une décision « papier » s’il est sécuritaire d’embarquer dans l’aventure.

Le jour avant l’ascension, Chris analyse l’état de la neige, la direction des vents, la température et les rapports d’avalanche et hop nous prenons la décision « papier » d’aller de l’avant.

On prépare nos sacs d’expéditions, et je ne peux mentir que je paniquais à l’idée de « porter pour la première fois » ce sac, car sur mes ascensions précédentes nous avions le luxe d’avoir des porteurs. Ici, dans les Cascades nous portons nous même nos sacs. Avec plus de 40 lb sur le dos, j’embarque dans la voiture excitée de me rendre vers ma première ascension hivernale ici!

« Les plans ne se déroulent jamais comme prévu, jamais; c’est comme ça que la vie est (il faut croire!). »

Nous étions vraiment fières de ce super plan que nous avions mis en place. Nous allions arriver en après-midi au bas de la montagne pour embarquer dans le remonte pente (Mt. Hood est avant tout une station balnéaire), prendre le snowcat qui nous amènerait au bas du glacier et finalement marcher vers le haut du glacier « Palmer » à environ 2 500m où nos notre campement serait installé pour la nuit. Nous avions planifié que la grimpe de notre route prendrait entre 6-8 heures. Seulement, nous n’avions oublié que les plans ne se déroulent jamais comme planifié!!!!

Pour se rendre sur le glacier où notre campement serait, nous avions opté pour le plan le plus simpliste:

Prendre le remonte pente de la station balnéaire de ski et d’attraper le « snowcat » qui nous descend près du glacier. Un plan simple, rapide, mais dispendieux.

Arrivés au stationnement vers 11 heures Am, une ligne de voiture attend en file pour trouver un espace de stationnement. Nous nous approchons et un employé nous interdit le passage en nous indique que le stationnement est PLEIN. L’enfer, vraiment nous avons attendu quelques temps en ligne, car on ne laissait entrer les voitures au compte-goutte. Nous avons fini par abandonner et nous nous sommes se stationner dans un stationnement un à plus de 30 minutes de la station balnéaire. Une navette nous apporterait au bas de la montagne.

Anxieuse de nature, je savais que notre ascension le lendemain serait longue et que nous n’allions jamais au grand jamais arrivée à temps pour attraper la navette de retour. Pour me rassurer nous avions planifier prendre soit un taxi ou Uber pour nous ramener à ce stationnement qui était à plus de 30 minutes de voiture du stationnement principal. Bienvenu au Mt. Hood !!!

Arrivée finalement au stationnement principal, nous nous rendons vers la billetterie et achetons nos billets de remonte pente. Les skieurs sont étonnés de voir des grimpeurs aussi tard dans la journée.

On saute dans le remonte pente et nous rendons vers le snowcat. Arrivée, il y a une file de quelques skieurs attendant le snowcat. Un bénévole nous indique que les gens en ligne attendent depuis quelques temps et qu’il s’agit du dernier voyagement qui sera fait pour la journée et que malheureusement il n’y a plus de place pour nous. Avec mon sac de plus de 40 lb, je m’impatient et explique au bénévole que ce voyagement nous sauvera plusieurs heures de marche ! Chris avec plus d’un tour dans son sac décide de foncer vers le chauffeur et lui offrir un joli billet avec Benjamin Franklin dessus ! Soudain, je me retrouve par terre dans le snowcat et Chris à l’avant avec le chauffeur !!!

Le « snowcat »

2 heures plus tard, et quelques centaines de dollars nous sommes au pied du glacier et la montagne nous surprend avec sa splendeur.

Note: Lors de notre dernière ascension, la station balnéaire nous a indiqué qu’aucun billet de remonte pente ne sera vendu dorénavant aux grimpeurs. La station ne veut plus encourager les grimpeurs de monter sur les routes du aux risques associés avec ce sport.

Dormir sur un glacier

Arrivée au camp, nous installons la tente et Chris fait fondre immédiatement de la neige pour remplir nos bouteilles d’eau et cuire notre nourriture. Au menu, nouille instantanée, patate pilée et petit pois. Il ne s’agit pas du repas le plus gastronomique au monde, mais lorsque nous portons notre propre matériel croyez-moi nous prenons les éléments les plus nutritifs et légers possible. Il faut aussi se rappeler, que par heure il faut absolument manger plus de 100 calories et viser un repas de plus de 500 calories afin de garder un niveau suffisant de carburant dans notre corps. Les calories se brûle rapidement à ces hauteurs.

Alors je me force à manger ces nouilles sans goût et à finir le bouillon…. À quel point je déteste la soupe !!!!

Chris pour mon anniversaire m’avait offert un sac de couchage d’une compagnie locale qui est reconnue internationalement pour la qualité de leur produit ! J’étais excitée à l’idée d’utiliser ce cadeau, car il était unique; la fermeture éclair se fermait avec le sien pour former un immense sac de couchage double. Évidemment que j’ai insistée pour le tester. On zippe le sac de couchage et hop je suis dans les bras de mon partenaire de grimper et de vie. La nuit est froide (-25 dégrée), mais Chris me tient au chaud dans ses bras.

Durant la nuit, les vents soufflaient avec une telle force que je croyais que notre tente allait se déchirer. La neige frappait durement la toile de cette tente faite pour des ascensions en haute montagne. Je croyais que la neige allait nous enrobées pour nous immerger et nous asphyxier. J’avoue que je n’ai pas dormie de la nuit, et que mon estomac était noué à l’idée de mourir dans une tente asphyxiée.

Des gouttes d’eau tombe sur mon visage, il est 5h30 Am et l’alarme sonne. Chris a gelé toute la nuit, car le vent a trouvé une façon de pénétrer son côté de sac de couchage. À ma grande déception, je n’ai plus le droit de mettre nos sacs de couchage ensemble !

Nous mangeons notre déjeuner élevée en calories et attendons pour le lever du soleil. La température frappe les -20 degrés, il fait très froid.

Au réveil

Grimper en deux temps

Les premiers rayons de soleil sont à l’horizon et nous quittons la tente. Arrivée au bas de la route, nous optons pour la variation gauche.

Nous décidons de nous encordée, les autres grimpeurs sont pour la plupart seul et évidemment ne sont pas attachés. Choquant, mais la montagne est regorgée de cette idéologie.

J’étais surprise de ce nombre, car il y a peu de temps un grimpeur a trouvé la mort sur la montagne après avoir glissé durant sa descente du « Old Chute ». Une chute de plusieurs mètres qui lui a coûté la vie. La montagne n’est pas un terrain de jeu, elle représente de vrais dangers et j’en était consciente.

Arrivée au bas de la route, un mur de glace de plus de 60 mètres est présent. Je prends mon courage à deux mains et je fonce. Je n’ai jamais grimper de glace auparavant. Pendant, que j’assures Chris des morceaux de glace tombe sans cesse. J’essaie des esquiver le plus possible et de garder mon calme. Je regarde vers le haut de la route pour voir où est Chris et un morceau de glace frappe mon visage à grand envolé. Une lèvre enflée, je survie. J’ai peur, mon tour arrive pour grimper. La corde devient tendue et me tire à plusieurs reprises; c’est le signal que Chris m’assure c’est à mon tour de foncer.

Je commence à grimper. Je frappe la glace avec mon piolet. Soudain, la glace tombe et tombe et tombe et frappe mon visage et mon casque. Mon corps arrête d’avancer et je suis figée de peur. Je me ressaisie et décide qu’il faut absolument que je me tire d’ici sans quoi la glace finira par gagner. Je tremble, mais je continue de frapper avec mon piolet ce mur interminable de glace de plus de 60 mètres. Soudain, mon crampon lâche. Je tente de le remettre sur ma botte, mais je n’y arrive pas. Je lance un cri de détresse à Chris, un autre grimpeur qui était devant moi s’arrête et offre de venir me secourir. Chris le rassure, que je suis capable de grimper ce mur.

Je ferme les yeux un instant, prend une grande inspiration et je refuse d’abandonner. Pour les alpinistes, la peur sera toujours présente; c’est un instinct de survie. Il faut juste apprendre à la contrôler.

Je frappe la glace avec mon piolet et rejoint Chris. Il me serre dans ses bras et je pleure en silence.

Nous continuons notre grimpe encordée en tout temps et nous arrivons au sommet. Il est tard, nous nous dépêchons, car nous sommes conscients que plus le soleil frappe la montagne plus nous nous exposons à des risques.

Sur la descente nous avons décidé de « down climb » et de prendre la route alternative du « Old Chute ». Le soleil frappait la route, exténuée je gardais un œil ouvert pour les divers risques que la montagne m’offrait.

Soudain, la glace revient: « ICE ICE ICE ». Nous étions pour la première fois, pas encordée Chris est à mes côtés. Nous sommes exactement là où ce grimpeur avait pris une chute il y a quelques années et était mort par l’impact de sa descente.

Je baisse la tête, je pleure en silence pendant que les morceaux de glace me frappent avec une vitesse incroyable. Un énorme morceau frappe mon épaule, et je me rappelle les conseils de grimpe; garder quatre points d’encrage en tout temps. Je serre mes doigts sur mon piolet pour ne pas perdre l’équilibre, et je ferme les yeux en priant que cette pluie de morceaux glace cesse.

Piolet à la main, crampon bien ancrée dans la neige on reprend notre route Chris le regard inquiet me regarde et silencieusement nous descendons.

Une fin heureuse!

De retour au camp, le vent se lève et nous nous dépêchons de redescendre. Nous arrivons au Timberline Lodge et comme prévu nous avions manqué la navette de retour. Fait intéressant, il n’y a pas de taxi ou d’Uber au Mont Hood, c’est un endroit vraiment reculé. Nous tentons de trouver un moyen de retourner à la voiture et un billet avec Benjamin Franklin est à nouveau présenter à un bon samaritain qui accepte de nous conduire.

Mont Hood, merci pour cette belle aventure… nous serons de retour et cette fois-ci sans billet avec Benjamin Franklin !!!

Sommaire:

Montagne: Mt Hood

Route: Pearly gate variation gauche

Grade de la route: AI II

Élévation: 3426m

Durée: 10 heures (stationnement à stationnement)

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